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Droit de la construction

Mon entrepreneur a disparu : que faire pour obtenir réparation ?

Par Émilie Mayer, Avocate au Barreau de Paris  ·  Août 2026  ·  Mis à jour régulièrement
Panneau liquidation – entrepreneur défaillant recours
En bref

Selon la situation, quatre leviers peuvent être mobilisés : la déclaration de créance auprès du mandataire liquidateur, l'assurance dommages-ouvrage, la garantie décennale opposable à l'assureur (même après fermeture de l'entreprise), et le cas échéant une action pénale pour abus de confiance. Chaque recours obéit à des délais stricts détaillés plus bas.

Vous avez confié des travaux à un entrepreneur, versé des acomptes, et du jour au lendemain, plus rien : téléphone coupé, chantier abandonné, courriers sans réponse. Ou pire : les travaux ont été réalisés, mais des malfaçons, fissures ou vices sont apparus et l'entreprise est en liquidation judiciaire. Cette situation, plus fréquente qu'on ne le pense, n'est pas sans recours. En tant que maître d'ouvrage ou acquéreur, la loi prévoit plusieurs mécanismes pour vous protéger, à condition d'agir dans les bons délais et auprès des bons interlocuteurs.

1. Identifier votre situation exacte

Avant d'agir, il faut distinguer plusieurs cas de figure, car le recours mobilisable n'est pas le même selon que le chantier est arrêté en cours de route, terminé avec des désordres, ou que l'entrepreneur a disparu avant même d'avoir posé le premier outil.

Un simple extrait Kbis, obtenu au greffe du tribunal de commerce ou en ligne sur infogreffe.fr, permet de savoir si l'entreprise est en liquidation, en redressement ou simplement radiée. Cette vérification conditionne tout le reste de votre stratégie.

Diagnostic rapide : quelle situation, quel recours ?

Votre situationRecours principalInterlocuteur
Chantier abandonné, entreprise en liquidationDéclaration de créanceMandataire liquidateur
Chantier abandonné, assurance DO souscritePrise en charge de l'achèvementAssureur dommages-ouvrage
CCMI, constructeur défaillantGarantie de livraisonÉtablissement garant (banque/assureur)
Acompte versé, travaux jamais commencésMise en demeure + plainte pénaleEntrepreneur, puis Procureur
Malfaçons post-réception, entreprise ferméeAction directe garantie décennaleAssureur décennal
Pas d'attestation décennale retrouvéeSaisine en dernier recoursFGAO / BCT

2. Les premiers réflexes à avoir (48 heures à une semaine)

Dans les tout premiers jours suivant la découverte de la disparition de votre entrepreneur, certains réflexes conditionnent la suite de vos démarches et évitent de perdre un temps précieux.

Vérifier le statut juridique de l'entreprise

Rendez-vous au greffe du tribunal de commerce, ou consultez infogreffe.fr, pour vérifier si une procédure collective a été ouverte. Consultez également régulièrement le BODACC (bodacc.fr) : c'est là que sont publiés les jugements d'ouverture de liquidation ou de redressement judiciaire, qui font courir les délais de déclaration de créance.

Rassembler les documents essentiels

Avant de contacter qui que ce soit, réunissez l'ensemble des pièces relatives au chantier :

3. Chantier inachevé : quels recours selon votre situation ?

L'entreprise est en liquidation judiciaire

Si l'entreprise est en liquidation judiciaire, un mandataire liquidateur est désigné par le tribunal pour gérer la procédure. Vous devez lui déclarer votre créance dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (délai porté à quatre mois si vous résidez hors de France métropolitaine).

Attention au délai : la déclaration de créance doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception au mandataire liquidateur, en détaillant précisément le montant réclamé (acomptes versés, préjudice lié à l'inachèvement) et en joignant les justificatifs. Une déclaration tardive vous prive de tout recours dans la procédure collective, y compris si un dividende est finalement versé aux créanciers.

L'assurance dommages-ouvrage

Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage (DO) avant l'ouverture du chantier, elle peut prendre en charge les travaux de réparation ou d'achèvement, indépendamment du sort de l'entrepreneur. Cette assurance-construction, obligatoire pour tout maître d'ouvrage faisant réaliser des travaux de construction de maison individuelle, doit être souscrite avant le démarrage du chantier. Déclarez le sinistre par lettre recommandée dès la découverte du désordre ou de l'abandon de chantier : l'assureur dispose ensuite de 60 jours pour notifier sa décision de prise en charge, après une expertise contradictoire menée par un expert mandaté par la compagnie d'assurance.

La garantie de livraison (CCMI)

Pour les constructions de maisons individuelles relevant du contrat CCMI, le constructeur a l'obligation légale de souscrire une garantie de livraison à prix et délais convenus. Cette garantie se substitue à l'entrepreneur défaillant pour financer l'achèvement des travaux. Vérifiez dans votre contrat CCMI les coordonnées du garant, elles figurent en annexe.

4. Acomptes versés sans travaux commencés : comment agir ?

Ce cas de figure, particulièrement frustrant, se rencontre lorsque l'entrepreneur perçoit un acompte puis disparaît avant même d'avoir entamé le chantier. Le premier réflexe consiste à adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, fixant un délai raisonnable (en général 15 jours) pour restituer les sommes ou exécuter le contrat.

  1. Mise en demeure : adressez une mise en demeure de restituer les fonds ou d'exécuter le contrat, en visant l'article 1231-1 du Code civil relatif à l'inexécution contractuelle.
  2. Action en paiement : si l'entrepreneur reste silencieux, une action en justice devant le tribunal judiciaire permet d'obtenir sa condamnation à rembourser les acomptes, assortie le cas échéant de dommages-intérêts.
  3. Volet pénal : si les circonstances laissent penser que l'entrepreneur n'a jamais eu l'intention d'exécuter les travaux, un dépôt de plainte pour abus de confiance ou escroquerie est possible.

5. Malfaçons après réception : agir directement contre l'assureur décennal

C'est le scénario le plus fréquent : les travaux ont été réalisés, réceptionnés, et des désordres graves — malfaçons, fissures, vices affectant la solidité de l'ouvrage — apparaissent, mais l'entreprise a entre-temps fermé ou est en liquidation. La garantie décennale reste pleinement applicable, car elle est attachée à l'ouvrage lui-même et non à l'existence de l'entreprise qui l'a construit. En tant que maître d'ouvrage ou acquéreur, vous pouvez mettre en jeu directement la responsabilité civile décennale du constructeur auprès de sa compagnie d'assurance.

Retrouver l'attestation d'assurance décennale

L'attestation d'assurance décennale — assurance-construction obligatoire souscrite avant l'ouverture du chantier — devait vous être remise en annexe du devis ou du contrat de construction. Elle mentionne l'assureur et le numéro de police. Si vous ne la retrouvez pas, demandez-la directement à l'assureur pressenti ou consultez les archives de votre maître d'œuvre. Les sinistres couverts sont ceux qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, qu'il s'agisse d'une maison individuelle, d'un appartement ou de tous travaux de construction.

En l'absence d'attestation : saisir le FGAO ou le BCT

Si aucune assurance décennale n'a été souscrite par l'entrepreneur, deux organismes peuvent intervenir en dernier recours : le Bureau Central de Tarification (BCT), qui peut contraindre un assureur à couvrir un professionnel qui en a fait la demande, et le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages (FGAO), qui indemnise les victimes lorsque le responsable n'était pas assuré ou est insolvable.

Bon à savoir : l'obligation de souscrire une assurance décennale est d'ordre public (article L241-1 du Code des assurances). Un entrepreneur qui n'en a pas souscrit engage sa responsabilité civile personnelle, permettant une action directe contre ses biens propres, même après la fermeture de l'entreprise. Les réparations dues au titre de la garantie décennale couvrent l'ensemble des désordres constatés suivant la réception des travaux et couverts par la garantie.

6. Peut-on porter plainte contre l'entrepreneur ?

Au-delà des recours civils et assurantiels, une action pénale peut être envisagée lorsque le comportement de l'entrepreneur relève d'une intention frauduleuse caractérisée :

La plainte peut être déposée au commissariat, à la gendarmerie, ou directement auprès du Procureur de la République par courrier. Ce volet pénal se cumule avec l'action civile en remboursement : une constitution de partie civile permet de réclamer l'indemnisation de votre préjudice dans le cadre de la procédure pénale.

7. Les délais à connaître impérativement

RecoursDélaiPoint de départ
Déclaration de créance (liquidation)2 mois (4 mois hors métropole)Publication du jugement d'ouverture au BODACC
Déclaration de sinistre dommages-ouvrageSans délai légal fixe — à faire sans tarderDécouverte du désordre ou de l'abandon
Action contre l'assureur décennal10 ansRéception des travaux
Action en garantie biennale2 ansRéception des travaux
Action en paiement (remboursement acomptes)5 ansFait générateur (prescription civile de droit commun)
Dépôt de plainte pénale (abus de confiance/escroquerie)6 ansDécouverte des faits

8. Pourquoi se faire assister par un avocat dès le début ?

La multiplication des interlocuteurs — mandataire liquidateur, assureurs, compagnies d'assurance-construction, FGAO, BCT, établissement garant, éventuellement le Procureur — et la rigueur des délais de déclaration rendent ces procédures complexes pour un particulier isolé. Un avocat spécialisé en droit de la construction identifie dès le premier échange la ou les voies de recours les plus efficaces en tenant compte de votre situation de maître d'ouvrage ou d'acquéreur :

Questions fréquentes

Puis-je récupérer mon acompte si les travaux n'ont pas commencé ?
Oui, en adressant d'abord une mise en demeure de restituer les fonds, puis en saisissant le tribunal si l'entrepreneur ne répond pas. La récupération effective dépend toutefois de sa solvabilité, d'où l'intérêt d'agir vite, avant une éventuelle liquidation.
Que faire si l'entrepreneur n'avait pas d'assurance décennale ?
Vous pouvez saisir le FGAO, qui peut indemniser les victimes lorsque le responsable n'était pas assuré. L'assurance décennale étant obligatoire, vous pouvez également agir directement contre les biens personnels de l'entrepreneur.
Combien de temps ai-je pour agir contre l'assureur décennal ?
Vous disposez de dix ans à compter de la réception des travaux pour engager une action fondée sur la garantie décennale, que l'entreprise soit toujours en activité ou non.
Mon assurance protection juridique peut-elle m'aider ?
Souvent oui : de nombreux contrats d'assurance habitation incluent une garantie protection juridique qui peut prendre en charge tout ou partie des frais d'avocat et de procédure. Vérifiez votre contrat avant d'engager des frais.
Que faire si le mandataire liquidateur ne répond pas à ma déclaration de créance ?
L'absence de réponse ne signifie pas un rejet automatique. Le mandataire dresse un état des créances qui peut être contesté devant le juge-commissaire si votre créance a été omise ou contestée.
Puis-je cumuler une action contre l'assurance dommages-ouvrage et une déclaration de créance ?
Oui, ces deux démarches ne s'excluent pas : l'assurance DO indemnise indépendamment de la recherche de responsabilité, tandis que la déclaration de créance vise à récupérer, dans la limite de l'actif disponible, les sommes dues par l'entreprise elle-même.
Vous faites face à un entrepreneur défaillant ?

Le cabinet Mayer Avocat vous accompagne dans vos démarches : déclaration de créance, mise en cause de l'assureur décennal, recours contre le FGAO ou action pénale. Premier rendez-vous téléphonique gratuit de 30 minutes.